Présentation de Fedora et du Fedora Project
Fedora Workstation est une distribution Linux développée par le Fedora Project, une communauté mondiale de contributeurs bénévoles et de développeurs rémunérés. Lancée en 2003 comme continuation du projet Red Hat Linux, Fedora sert de plateforme d’innovation et de test pour les technologies open source de pointe.
Le Fedora Project est principalement sponsorisé par Red Hat (filiale d’IBM depuis 2019), mais reste gouverné par une communauté indépendante. Fedora fonctionne comme l’amont (upstream) de Red Hat Enterprise Linux (RHEL) : les nouvelles technologies sont testées et maturées dans Fedora avant d’éventuellement intégrer RHEL. Cette relation fait de Fedora un terrain d’expérimentation pour des technologies qui deviendront ensuite des standards enterprise.
Fedora se distingue par plusieurs principes fondamentaux :
- Logiciels libres uniquement dans les dépôts officiels (politique stricte sur les licences)
- Cycle de publication rapide : nouvelle version tous les 6 mois (avril et octobre), avec support d’environ 13 mois
- Technologies de pointe : intégration rapide des dernières innovations (Wayland, PipeWire, Btrfs, etc.)
Fedora Workstation est particulièrement appréciée des développeurs, des professionnels de l’informatique et des utilisateurs avancés qui souhaitent accéder aux dernières technologies Linux dans un environnement stable et bien intégré.
Sommaire
- Dépôts RPM Fusion : Pourquoi et Comment les Ajouter
- Dépôts Flathub : Support flatpak
- Outils Gaming sur Fedora
- Codecs Multimédia : Installer le Support Complet
- Polices d’écriture
- Aller plus loin
Dépôts RPM Fusion : Pourquoi et Comment les Ajouter
À quoi servent les dépôts RPM Fusion ?
Par défaut, Fedora n’inclut que des logiciels dont les licences sont compatibles avec sa politique stricte de logiciels libres. RPM Fusion est un dépôt communautaire tiers qui complète les dépôts officiels en fournissant des paquets qui ne peuvent pas être inclus dans Fedora pour diverses raisons :
- Licences propriétaires ou restrictives (pilotes NVIDIA, certains codecs)
- Problèmes de brevets logiciels (codecs H.264, H.265, AAC)
- Logiciels non libres (Steam, Discord, certaines applications multimédia)
- Restrictions légales selon les juridictions
RPM Fusion se divise en deux sections :
- Free : logiciels libres mais incompatibles avec la politique Fedora (problèmes de brevets)
- Non-Free : logiciels propriétaires ou avec licences restrictives
Installation des dépôts RPM Fusion
Ouvrez un terminal et exécutez :
sudo dnf install https://mirrors.rpmfusion.org/free/fedora/rpmfusion-free-release-$(rpm -E %fedora).noarch.rpm https://mirrors.rpmfusion.org/nonfree/fedora/rpmfusion-nonfree-release-$(rpm -E %fedora).noarch.rpm
Mettre à jour et redémarrez :
sudo dnf upgrade --refresh
Ajout du support flatpak
Flatpak sert à installer et exécuter des applications Linux de manière « universelle » et isolée, indépendamment de ta distribution.
En une phrase
C’est un format de paquets qui permet aux développeurs de fournir une seule version de leur appli qui tourne sur (presque) toutes les distros, dans un bac à sable plus sécurisé.
À quoi ça sert concrètement
- Avoir les mêmes applis partout (Debian, Fedora, Arch, etc.) via un format de paquet commun.
- Lancer les applis dans un « sandbox » : l’app est isolée du système et doit demander des permissions pour accéder à tes fichiers, à la webcam, au réseau, etc.
- Installer des applis sans droits admin si tu les mets dans l’espace utilisateur (pas besoin de sudo).
- Simplifier la vie des devs : un seul paquet Flatpak pour toutes les distros au lieu de faire un .deb, .rpm, etc. séparé.
Contreparties
- Les applis embarquent leurs dépendances (ou utilisent un gros runtime commun), ce qui peut prendre plus de place disque que les paquets natifs.
- L’intégration système peut être un peu moins fine que le paquet natif (thèmes, intégration à la distro), selon les cas.
- Les flatpak tournent de manière isolée, ils ont parfois besoin de configuration supplémentaire au niveau des permissions via flatseal.
Installation :
Vérifie que flatpak est bien installé :
sudo dnf install flatpak
Ensuite ajoute le repo :
flatpak remote-add --if-not-exists flathub https://dl.flathub.org/repo/flathub.flatpakrepo
note : pour que les modifications soient prises en compte il faudra redémarrer.
Outils Gaming sur Fedora
Fedora est devenue une excellente plateforme pour le gaming Linux grâce à Proton (Steam Play) et à un écosystème d’outils matures. Voici les outils essentiels :
Pilotes NVIDIA (seulement si vous avez une carte nvidia)
Pour installer les pilotes NVIDIA comme ce sont des drivers propriétaires il faut obligatoirement avoir activé les dépôts RPM à l’étape au dessus.
sudo dnf install akmod-nvidia
# (optionnel pour CUDA / NVENC)
sudo dnf install xorg-x11-drv-nvidia-cuda
Redémarre ensuite, laisse Fedora booter normalement, puis vérifie :
nvidia-smi
1. MangoHud – Overlay de performance
MangoHud affiche en temps réel les FPS, températures CPU/GPU, utilisation mémoire, fréquences et autres métriques de performance pendant vos sessions de jeu.
Installation :
sudo dnf install mangohud
Utilisation :
Avec Steam : ajoutez mangohud %command% dans les arguments de lancement du jeu
2. GOverlay – Interface graphique pour MangoHud
GOverlay permet de configurer MangoHud via une interface graphique intuitive sans toucher aux fichiers de configuration.
Installation :
sudo dnf install goverlay
Fonctionnalités :
- Configuration visuelle des métriques affichées
- Profils par jeu
- Thèmes et positionnement personnalisables
- Statistiques avancées (frametimes, percentiles)
Note : Certaines configurations peuvent nécessiter des ajustements manuels selon votre setup.
3. Steam
Installation :
sudo dnf install steam
Configuration recommandée :
- Changez la langue Steam > Paramètres > Interface
- Plus bas après l’installation de ProtonPlus définissez « Proton GE-Latest » dans Paramètres > Compatibilité
4. Heroic Games Launcher – Lanceur pour Epic Games GOG et Amazon Prime Gaming
Alternative open source au launcher officiel Epic Games, avec support natif de GOG et Amazon Prime Gaming.
Installation :
L’installation la plus courante se fait par flatpak cependant je recommande personnellement l’installation en .rpm pour éviter d’éventuels problèmes liés aux permissions du flatpak.
Rendez-vous sur le github d’Heroic Games Launcher :
Dans la section release et prenez la version : Heroic-X-X-X-linux-x86_64.rpm
Rendez-vous ensuite dans votre dossier télechargements puis lancez-le pour démarrer l’installation, notez qu’en .rpm les mises à jours se font manuellement, cependant Heroic vous envoie une notification avec un lien vers la nouvelle version disponible.
5. Gamemode – Optimisation système pendant le gaming
Gamemode ajuste automatiquement les paramètres système (gouverneur CPU, priorités processus, etc.) pour maximiser les performances pendant les jeux.
Installation :
sudo dnf install gamemode
Utilisation :
Avec Steam : ajoutez gamemoderun %command% dans les options de lancement. Donc si vous souhaitez utiliser gamemode et mangohud en même temps :
gamemoderun mangohud %command%
6. ProtonPlus – Gestion des versions Proton
ProtonPlus permet d’installer et de gérer facilement différentes versions de Proton (dont Proton-GE) pour optimiser la compatibilité des jeux.
Installation : ProtonPlus est principalement disponible via Flatpak ou AUR (pour Arch). Sur Fedora, vous pouvez utiliser ProtonUp-Qt (alternative similaire) :
flatpak install flathub com.vysp3r.ProtonPlus
Fonctionnalités :
- Installation de Proton-GE, Wine-GE et autres versions personnalisées
- Support de Steam et Heroic
- Interface simple et intuitive
Codecs Multimédia : Installer le Support Complet
Par défaut, Fedora inclut uniquement des codecs libres (via ffmpeg-free). Pour lire tous les formats multimédia courants (MP4, MKV, AVI, MP3, AAC, etc.), vous devez installer les codecs depuis RPM Fusion.
Méthode recommandée (Fedora 41+)
sudo dnf group install multimedia
Cette commande installe un ensemble complet de codecs et d’applications multimédia.
Vérification
Après installation, testez la lecture de fichiers MP4, MKV et MP3 avec votre lecteur vidéo préféré (Videos/Totem, VLC, MPV). VLC est recommandé pour sa compatibilité étendue :
sudo dnf install vlc vlc-plugins-all
Note : Certains navigateurs peuvent nécessiter un redémarrage pour prendre en compte les nouveaux codecs.
Polices d’écriture
1. Polices libres recommandées
Fedora utilise déjà Noto comme base moderne pour de nombreuses langues; tu peux compléter avec quelques familles utiles (titres, code, documents).
sudo dnf install
google-noto-sans-fonts
google-noto-serif-fonts
google-noto-mono-fonts
dejavu-sans-fonts
dejavu-serif-fonts
dejavu-sans-mono-fonts
liberation-sans-fonts
liberation-serif-fonts
liberation-mono-fonts
fira-code-fonts
jetbrains-mono-fonts
- Noto : excellente couverture Unicode, bon rendu général (UI, web, langues non latines).
- DejaVu + Liberation : bonne compatibilité avec l’héritage Windows (Arial/Times/Courier).
- Fira Code / JetBrains Mono : très adaptées pour le code (ligatures, clarté).
2. Dépôt Copr des fonts avec icônes
Dans certains cas particulier, vous auriez peut-être besoin d’avoir des polices particulières par exemple pour l’affichage de certains icones dans le texte par exemple pour fastfetch. Pour ce faire il existe un dépôt communautaire COPR.
Installation :
sudo dnf copr enable che/nerd-fonts # Activation du depot
sudo dnf install nerd-fonts
3. Polices Microsoft “core fonts” (compatibilité documents)
Pour que les documents Office / sites web s’affichent “comme sous Windows” (Arial, Times New Roman, Calibri…), tu peux recommander l’installateur msttcore-fonts-installer du projet mscorefonts2.
3.1 Prérequis
sudo dnf install
curl
cabextract
xorg-x11-font-utils
fontconfig
(Ces paquets sont explicitement listés comme nécessaires à l’installateur. )
3.2 Installer les polices Microsoft
Télécharger d’abord le RPM en local :
curl -LO https://downloads.sourceforge.net/project/mscorefonts2/rpms/msttcore-fonts-installer-2.6-1.noarch.rpm
Installer en désactivant la vérification de digest (solution utilisée sur Fedora 43 dans Ask Fedora).
sudo rpm -ivh --nodigest --nofiledigest msttcore-fonts-installer-2.6-1.noarch.rpm
Aller plus loin
Dépôts complementaires
- AppStream (GNOME)
AppStream, ce sont les métadonnées « riches » des applications (icônes, descriptions, captures d’écran, catégories…) qui permettent à GNOME Software ou KDE Discover d’afficher proprement les logiciels.
Quand tu actives RPM Fusion, tu peux aussi installer les métadonnées AppStream associées, ce qui permet de voir et installer les logiciels RPM Fusion directement dans le magasin graphique comme s’ils venaient des dépôts Fedora classiques.
sudo dnf install rpmfusion-free-appstream-data rpmfusion-nonfree-appstream-data
- Paquets “tainted”
Les paquets tainted de RPM Fusion sont une catégorie spéciale pour les logiciels encore plus sensibles légalement, par exemple :- lecture de DVD chiffrés (libdvdcss),
- certains firmwares ou codecs soumis à des brevets ou restrictions dans certains pays.
Ils sont séparés du reste pour que l’utilisateur les active en connaissance de cause : tu restes dans RPM Fusion, mais tu prends explicitement la responsabilité d’installer ces paquets potentiellement « à risque juridique » selon la législation locale.
sudo dnf install rpmfusion-free-release-tainted rpmfusion-nonfree-release-tainted
Noyau gaming CachyOS
Intérêts du kernel CachyOS pour le gaming
- Scheduler BORE par défaut, pensé pour la réactivité et des temps de latence plus faibles sur les tâches interactives (jeux, desktop), par rapport au CFS standard.
- Fréquence d’ordonnancement à 1000 Hz, ce qui améliore la régularité des frame times et la sensation d’input lag réduit dans les jeux rapides.
- Patchs sur l’I/O (BFQ amélioré, mq-deadline, etc.) et gestion mémoire/zram optimisée, utiles pour réduire les micro‑stutters lors de chargements ou accès disque.
- Stack réseau tunée (BBRv3, optimisations diverses), intéressante pour les jeux en ligne (stabilité des latences, meilleure gestion du débit).
- Intégration de modules et patches orientés gaming (ntsync pour Proton/Wine, support étendu GPU/handhelds type Steam Deck/ROG Ally), ce qui évite pas mal de bricolage manuel.
Dépôt COPR recommandé
Le dépôt maintenu et recommandé est celui de l’utilisateur bieszczaders sur COPR, qui fournit plusieurs variantes du noyau CachyOS pour Fedora (standard, LTS, RT, server, LTO, etc.).
Pour l’activer sur Fedora « classique » (dnf) :
# Activer le dépôt COPR CachyOS (version GCC)
sudo dnf copr enable bieszczaders/kernel-cachyos
# Installer le kernel CachyOS standard
sudo dnf install kernel-cachyos kernel-cachyos-devel-matched
Fedora Steam Session
Vous souhaitez avoir une session SteamOS de la même manière que sur Bazzite ou ChimeraOS je vous invite à suivre ce github qui détaille les étapes d’installation : https://github.com/shahnawazshahin/steam-using-gamescope-guide
Optimisation DNF
À quoi ça sert
- Réduire le temps de téléchargement des mises à jour (plusieurs paquets en parallèle).
- Choisir automatiquement des miroirs plus rapides pour les dépôts Fedora.
- Éviter des rafraîchissements de métadonnées trop fréquents qui ralentissent chaque commande.
Principes de base
Tout se passe dans le fichier de config global de DNF : /etc/dnf/dnf.conf (section [main]).
On va y ajouter quelques options “safe” qui ne changent pas le comportement fonctionnel, uniquement la vitesse.
sudo nano /etc/dnf/dnf.conf
Exemple de bloc [main] optimisé :
[main]
gpgcheck=1
installonly_limit=3
clean_requirements_on_remove=True
# Optimisations
fastestmirror=True
max_parallel_downloads=10
metadata_timer_sync=7200
fastestmirror=True→ DNF teste les miroirs et privilégie les plus rapides.max_parallel_downloads=10→ télécharge jusqu’à 10 paquets en parallèle (3 par défaut).metadata_timer_sync=7200→ évite de rafraîchir les métadonnées à chaque commande (toutes les 2 h).
Tester :
sudo dnf clean all
sudo dnf upgrade
Chomiam