La NVIDIA P106-100 fait partie de ces cartes graphiques que l’on croise parfois pour quelques dizaines d’euros sur le marché de l’occasion. À l’origine, elle n’a pourtant jamais été pensée pour jouer : elle a été conçue pour le minage de cryptomonnaies et, surtout, elle ne possède aucune sortie vidéo exploitable.
Pas de HDMI. Pas de DisplayPort. Rien à brancher directement sur un écran.
Et pourtant, sous Linux, avec la bonne configuration et un peu de bricolage, cette ancienne carte de mining peut encore faire tourner des jeux comme DOOM Eternal, Assassin’s Creed Odyssey ou même Cyberpunk 2077 dans des conditions parfois franchement surprenantes.

Dans cet article, on reprend toute l’expérience : fonctionnement de la P106-100, rôle de l’iGPU Intel, Bazzite, PRIME Render Offload, problème de performances initial, correctif communautaire et résultats en 1080p.
Une carte proche de la GTX 1060… mais pas vraiment conçue pour jouer
La P106-100 utilise un GPU de la famille GP106, que l’on retrouve également dans certaines GTX 1060. Mais il ne faut pas en conclure qu’il s’agit simplement d’une GTX 1060 classique à laquelle NVIDIA aurait retiré deux prises vidéo.
Cette carte a été conçue avant tout pour le calcul. Son usage d’origine était le minage de cryptomonnaies, et les modèles P106 ont justement été commercialisés sans connectique vidéo exploitable pour un usage traditionnel.
Aujourd’hui, ce type de matériel intéresse beaucoup moins les mineurs. On peut donc parfois trouver une P106-100 autour d’une trentaine d’euros en occasion. Cela ne signifie évidemment pas qu’elle constitue automatiquement une bonne affaire : sans sortie vidéo et avec un support logiciel particulier, elle reste un matériel de bidouilleur.
La configuration utilisée pour le test
Pour cette expérience, la machine utilisée repose sur :
- Intel Core i7-7700 ;
- 16 Go de DDR4 ;
- Intel HD Graphics 630 intégré au processeur ;
- NVIDIA P106-100 6 Go ;
- Bazzite comme système d’exploitation.
Le point important est la présence de l’Intel HD 630. Puisque la P106-100 ne peut pas envoyer directement une image vers l’écran, le câble HDMI est connecté à la carte mère.
L’idée est donc simple :
L’Intel affiche l’image. La NVIDIA calcule le jeu.
Linux sait gérer ce type de configuration hybride grâce au PRIME Render Offload. Un outil comme switcherooctl permet ensuite de demander qu’une application précise soit exécutée sur la P106 plutôt que sur le circuit graphique Intel.
Pourquoi Bazzite ?

Pour le système, le choix s’est porté sur Bazzite, une distribution Linux orientée gaming basée sur Fedora Atomic.
Il faut cependant choisir la bonne image : pour cette génération de GPU NVIDIA, l’expérience présentée ici utilise l’image NVIDIA Legacy, et non l’image NVIDIA Open destinée aux générations plus récentes.
Si vous souhaitez découvrir Bazzite avec une ancienne carte NVIDIA plus conventionnelle, j’ai également consacré un article complet à la GTX 970 sous Bazzite.
Au début, tout semble fonctionner… sauf les performances
Le premier démarrage est plutôt encourageant. Bazzite détecte bien la P106-100, le pilote NVIDIA est chargé, Vulkan fonctionne et switcherooctl voit correctement les deux GPU.
On peut même lancer un test 3D ou un jeu sur la P106.
Techniquement, la carte travaille. Mais dès que l’on passe à un vrai jeu, quelque chose cloche.
Sur Call of Juarez: Gunslinger, par exemple, les premiers essais tournent seulement autour de 15 à 30 FPS. Le GPU est visible, le jeu se lance, mais les performances sont très loin de ce que l’on devrait attendre d’un GP106.
En clair : la carte semble fonctionner avec le frein à main.

Le rôle de NVIDIA-patcher
La solution passe par un projet communautaire appelé NVIDIA-patcher, conçu pour rétablir certaines fonctionnalités 3D sur plusieurs cartes NVIDIA issues du mining, dont les P106.

La procédure utilisée pour cette vidéo repose sur une version précise du pilote NVIDIA validée pendant les essais. L’idée n’est donc surtout pas d’appliquer un patch au hasard sur n’importe quelle version du pilote.
Le principe est le suivant :
- récupérer le pilote NVIDIA correspondant à la configuration validée ;
- extraire son contenu ;
- appliquer le correctif ;
- reconstruire les modules pour le noyau utilisé ;
- charger les modules corrigés.

Une fois le patch correctement appliqué, le comportement change complètement : le GPU travaille enfin comme prévu et les performances deviennent cohérentes avec ce que l’on peut attendre de cette puce.
Le piège après redémarrage
Le correctif ne suffisait toutefois pas à rendre l’expérience totalement fiable. Après un redémarrage, la carte pouvait retomber dans son ancien comportement, même si les bons modules avaient déjà été reconstruits.

La solution retenue a été d’ajouter un service lancé avant l’ouverture de Plasma. Ce service décharge puis recharge automatiquement la pile NVIDIA afin que le comportement corrigé soit bien actif au démarrage.
C’est cette étape qui rend le correctif réellement persistant dans la configuration testée.
Un bootstrap pour éviter cinquante commandes
Faire tout cela à la main n’aurait pas grand intérêt pour quelqu’un qui veut simplement reproduire l’expérience. La procédure a donc été regroupée dans un bootstrap.
Sur une installation Bazzite fraîche, le script commence par vérifier plusieurs éléments avant toute modification :
- la présence d’une P106-100 ;
- le GPU utilisé pour l’affichage ;
- le noyau ;
- la version du pilote NVIDIA ;
- la compatibilité avec la procédure réellement validée.
Si la machine ne correspond pas à ce qui a été testé, le script ne tente pas de patcher n’importe quoi. Dans le scénario prévu, il peut commencer par ramener Bazzite vers la version de pilote validée, demander un redémarrage, puis poursuivre l’installation au lancement suivant.
Important : cette procédure reste une expérimentation destinée à une configuration précise. Ce n’est pas une méthode universelle applicable à toutes les cartes de mining NVIDIA ou à toutes les versions de pilote.
Les performances en jeu : jusqu’où peut aller la P106-100 ?
Une fois la carte réellement opérationnelle, l’objectif est de voir jusqu’où elle peut aller en augmentant progressivement la difficulté.
Les résultats ci-dessous correspondent à la machine, aux versions logicielles et aux séquences utilisées dans la vidéo. Ils peuvent varier selon le processeur, le pilote, Proton, les réglages et les scènes testées.
| Jeu | Réglages | Résultat observé | Verdict |
|---|---|---|---|
| BioShock Infinite | 1080p Ultra | Environ 80 à 135 FPS | Très confortable |
| DOOM Eternal | 1080p High | Environ 80 à 90 FPS, pointes au-dessus de 100 | Excellent |
| Assassin’s Creed Odyssey | 1080p Élevé | 55 FPS de moyenne, généralement 50 à 60 FPS | Confortable |
| Borderlands 3 | 1080p Medium | Environ 45 à 55 FPS | Jouable, peu de marge |
| Resident Evil 4 Remake | Réglages équilibrés | Environ 33 à 40 FPS | Jouable, limites visibles |
| Cyberpunk 2077 | 1080p Medium, FSR 2.1 Auto, sans RT ni Frame Generation | 34,5 FPS de moyenne, ~28 min, un peu plus de 41 max | Impressionnant pour le matériel, mais compromis nécessaires |
| Red Dead Redemption 2 | Profil Balanced | 26,9 FPS de moyenne, ~14,6 min, 34 max | Fonctionne, mais pas vraiment confortable |
BioShock Infinite : la P106 se promène
En 1080p Ultra, BioShock Infinite ne pose pratiquement aucun problème. On observe environ 80 à 135 FPS, avec de nombreux passages au-dessus des 120 images par seconde. Les 6 Go de VRAM sont très largement suffisants.

DOOM Eternal : autour de 80 à 90 FPS
DOOM Eternal est particulièrement bien optimisé, mais le résultat reste impressionnant. En 1080p High, la P106 évolue généralement autour de 80 à 90 FPS, avec des pointes au-dessus de 100 FPS. Le GPU travaille quasiment constamment à 98 ou 99 %.

Assassin’s Creed Odyssey : 55 FPS de moyenne
Avec Assassin’s Creed Odyssey en 1080p Élevé, le benchmark termine à 55 FPS de moyenne. On se situe le plus souvent entre 50 et 60 FPS : la réserve de puissance diminue, mais l’expérience reste confortable.

Borderlands 3 : 45 à 55 FPS
En Medium, Borderlands 3 tourne globalement autour de 45 à 55 FPS. La carte est presque constamment à pleine charge et quelques pointes de frametime commencent à apparaître.

Resident Evil 4 Remake : le poids des années commence à se sentir
Avec Resident Evil 4 Remake en réglages équilibrés, on descend dans une zone d’environ 33 à 40 FPS. Le jeu reste jouable, mais la fluidité est nettement moins stable.
La bonne nouvelle est que les 6 Go de mémoire vidéo ne constituent pas encore le principal blocage : un peu plus de 4 Go sont utilisés pendant le test. La limite vient surtout de la puissance brute du GP106.

Cyberpunk 2077 : 34,5 FPS de moyenne
Cyberpunk 2077 est testé en 1080p Medium, sans ray tracing ni Frame Generation, avec le FSR 2.1 en automatique.
Le benchmark donne 34,5 FPS de moyenne, avec environ 28 FPS au minimum et un peu plus de 41 FPS au maximum.
Ce n’est évidemment pas une expérience 60 FPS. Mais voir une ancienne carte de mining Pascal sans sortie vidéo faire tourner Cyberpunk en 1080p reste déjà assez étonnant. Pour gagner davantage de fluidité, il faut réduire les réglages ou utiliser l’upscaling de manière plus agressive.

Red Dead Redemption 2 : la limite est atteinte
Red Dead Redemption 2 termine le benchmark à 26,9 FPS de moyenne, avec environ 14,6 FPS au minimum et 34 FPS au maximum.
Dans ces réglages, l’expérience ne peut plus vraiment être qualifiée de confortable. Il faudrait réduire la qualité graphique ou utiliser une solution d’upscaling pour retrouver davantage de fluidité.

Températures : pas de throttling évident pendant les tests
Un autre point surprenant concerne les températures.
Pendant les tests, la P106 passe régulièrement entre 95 et 100 % d’utilisation, tourne autour de 1,87 GHz et peut approcher les 110 à 120 watts. Pourtant, elle reste généralement entre 50 et 60 °C.
Dans cette configuration, les baisses de performances observées sur les jeux les plus lourds ne semblent donc pas être provoquées par une surchauffe. On arrive simplement au bout de ce que ce vieux GP106 peut fournir.
Pour les débutants
- La P106-100 ne possède pas de sortie vidéo utilisable.
- Il faut donc un iGPU ou une seconde carte graphique pour afficher l’image.
- Bazzite détecte la carte, mais la configuration présentée ici nécessite un correctif spécifique pour retrouver des performances 3D normales.
- Le patch repose sur une version de pilote précise et sur la configuration réellement testée.
- Ce projet n’est pas une solution « j’installe la carte et je joue ».
- Il est surtout intéressant pour le recyclage, l’expérimentation et le plaisir de faire fonctionner du matériel oublié.
Faut-il acheter une P106-100 pour jouer ?
Pour quelqu’un qui cherche simplement une carte graphique économique à installer dans son PC, la réponse est plutôt non.
Une P106-100 impose plusieurs contraintes :
- aucune sortie vidéo directement exploitable ;
- nécessité d’un iGPU ou d’une autre solution d’affichage ;
- procédure logicielle spécifique ;
- dépendance à une version de pilote validée ;
- aucune garantie qu’une future mise à jour conserve exactement le même comportement.
En revanche, pour quelqu’un qui aime recycler du matériel, expérimenter sous Linux et voir jusqu’où un composant oublié peut être poussé, cette carte devient beaucoup plus intéressante.
FAQ — NVIDIA P106-100 sous Linux
La P106-100 est-elle une GTX 1060 ?
Elle utilise une puce de la famille GP106, également présente dans la GTX 1060, mais la P106-100 a été conçue pour le mining et possède des différences importantes, notamment l’absence de sortie vidéo exploitable.
Peut-on brancher un écran directement sur la P106-100 ?
Non dans la configuration testée. L’affichage est assuré par l’Intel HD 630 intégré au Core i7-7700, tandis que la P106 calcule le rendu 3D.
Quelle version de Bazzite utiliser ?
L’expérience présentée ici utilise l’image NVIDIA Legacy, adaptée aux générations NVIDIA plus anciennes.
La P106-100 fonctionne-t-elle immédiatement sous Bazzite ?
La carte est détectée et peut lancer de la 3D, mais dans la configuration de la vidéo les performances initiales étaient très faibles. Le correctif communautaire a été nécessaire pour obtenir un comportement cohérent.
Cyberpunk 2077 est-il vraiment jouable ?
Le benchmark utilisé dans la vidéo atteint 34,5 FPS de moyenne en 1080p Medium avec FSR 2.1 automatique. C’est jouable avec des compromis, mais ce n’est pas une expérience 60 FPS.
Conclusion : un GPU abandonné n’est pas forcément un GPU mort
La P106-100 résume assez bien l’intérêt de ce genre de projet.
À l’origine, c’est une carte de mining sans sortie vidéo, conçue pour un usage qui n’a plus grand intérêt aujourd’hui. Pour beaucoup de monde, elle finirait simplement au fond d’un carton.
Et pourtant, avec Bazzite, un iGPU Intel, le PRIME Render Offload, un correctif communautaire et un peu de travail autour des pilotes, elle arrive encore à faire tourner des jeux très variés.
Elle n’est pas devenue miraculeusement moderne. Elle reste limitée par son architecture, sa puissance et les contraintes de son usage d’origine.
Mais elle montre quelque chose que Linux permet parfois de faire particulièrement bien : redonner un usage à du matériel que l’on croyait définitivement inutile.